Et Pourquoi Pas : Faire le transit pour Entrecasteaux ?

Avant de partir pour l’hivernage, j’avais cherché des informations sur l’île d’Amsterdam. Sur tous les sites et blogs que j’ai pu trouver au cours de mes recherches, un lieu en particulier réapparaissait toujours comme le site à ne pas manquer : Entrecasteaux. Aujourd’hui, je peux affirmer, comme beaucoup de mes prédécesseurs, qu’Entrecasteaux fut l’une de mes expériences préférées, un lieu magnifique qui restera mon site de manip et de vie préféré.

Alors , je vous propose de vous conter le transit de cette manip inoubliable et de vous faire voyager grâce à de nombreuses photos.

Début Janvier, je me suis inscrite à l’une des toutes premières manips Entrecasteaux. Je devais partir 12 jours avec deux compagnons. Avoir la chance d’y passer autant de temps en une seule fois sans être ornitho, c’est rare ! Souvent il y a une relève des deux manipeurs au bout de 6 jours. En effet, nous sommes tout de même présents sur l’île pour assumer une charge de travail liée à chacun de nos programmes et même si être manipeur fait partie du job, il est souvent difficile d’excéder les 7 jours de manip. Mais j’ai la chance d’avoir un binôme hors pair qui a accepté de me remplacer pendant toute la durée de la manip, et il a fait de l’excellent travail, MERCI Jérémy ! Quant à David le GP (gérant postal), il pouvait s’absenter 12 jours hors OP. Nous étions donc deux manipeurs libres comme l’air pour accompagner Augustin, l’ornitho du programme 1151.

Notre départ était initialement prévu le 11 janvier. Cependant le 11 au matin les conditions météorologiques ne nous garantissaient pas un transit en toute sécurité. En effet pour se rendre à Entrecasteaux, il faut traverser toute l’île en passant pratiquement par son sommet et pour cela on doit longer la ligne de crête du volcan et par grand vent, il y a des risques de chute. Nous avons donc attendu le plus longtemps possible mais le vent n’a pas faibli avant l’horaire de non-retour (c’est-à-dire le temps qui nous permettrait de faire le trajet jusqu’à la Caldera et de faire demi-tour avant la nuit, si le passage était impossible), nous avons donc repoussé le départ d’une journée.

Transite Entrecasteaux

Le 12 à 5 h 30 du matin, nous nous sommes retrouvés au petit déjeuner. Cette fois les conditions étaient parfaites. Des bottes aux pieds et un sac de 13 kg sur le dos, nous nous sommes mis en route à 6 h. Le transit commence par une longue montée assez raide de plusieurs kilomètres. Nous passons d’abord dans une végétation éparse, puis dans des tranchées au milieu des gleichenia (espèce de fougère) où le chemin n’est pas plus large qu’une chaussure et serpente dans des souilles. Au niveau de la Mare au Canard, la végétation disparaît pour laisser place à des coulées de roches volcaniques avant d’arriver au début de la Caldera. Là, on longe la crête avec une vue imprenable sur les différents cratères de l’île.

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On passe devant le passage le plus venteux, les ravines de Coleridge. Puis l’on arrive au pied de la Dives, le point culminant d’Amsterdam. Comme le temps était au beau fixe et que cela aurait été dommage de ne pas en profiter, nous avons posé les sacs et avons escaladé les 100 mètres de dénivelé qui nous manquaient pour arriver au sommet de l’île. A 9 h 30 du matin, nous étions à 881 m d’altitude, nous avons ainsi pu profiter d’une vue à 360° de notre petit univers.

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Le fait le plus marquant au-delà de la beauté du lieu, c’était l’absence totale de bruit en dehors de celui du vent. Il n’y avait aucun animal et seules quelques mousses perçaient les cailloux çà et là. Après nous être perdus quelques temps en contemplation, nous sommes redescendus récupérer nos sacs pour reprendre notre chemin. La route fut encore longue.

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A partir de là, ça n’a été que de la descente. Nous avons marché sur des caillebotis pendant un moment avec un désert tout autour de nous. Cette zone au sommet de l’île est exposée au vent et rien n’y vit, seuls quelques rares skuas s’y aventurent. La végétation est rase et spongieuse. Nous sommes arrivés au Pignon pour pique-niquer.

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Le Pignon est une avancée en bord de falaise qui surplombe les célèbres falaises d’Entrecasteaux. De là, on a une vue imprenable sur le Plateau des Tourbières et sur la cabane qui nous attend. On s’est posé, en bord de falaise, pour profiter d’un en-cas avec de majestueux albatros qui passaient à tout juste quelques mètres de nous, le spectacle était splendide ! Il y avait des skuas, des albatros fuligineux et des albatros à bec jaune, nous avons même pu voir quelques albatros d’Amsterdam. Ils tournoyaient en toute harmonie autour de nous dans un silence surréaliste. Nous étions seuls à des kilomètres à la ronde et les seuls bruits que l’on percevait étaient ceux des ailes qui fendaient l’air lorsqu’un oiseau passait à côté de nous. Lorsque l’on a la chance d’avoir un balai aérien comme celui-là, le monde s’embellit de minute en minute. La vue du Pignon est incroyable, j’aurais aimé pouvoir y passer plus de temps.

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Juste avant de repartir, nous avons même eu la surprise de voir un albatros fuligineux se poser entre Augustin et moi. Si l’on avait tendu la main, on aurait pu le toucher. Après une demi-heure de pause, nous sommes finalement repartis. Le reste du transit, bien qu’en descente, ne fut pas plus facile. La cabane nous paraissait pourtant tellement proche, mais impossible de descendre la falaise devant nous. Elle tombait à pic sur plusieurs centaines de mètres. Pour rejoindre la cabane, nous avons dû faire un détour de 3 km et celui-ci nous a pris pas loin de 5 h.

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Nous sommes tout d’abord partis dans le sens inverse de la cabane pour descendre par un chemin praticable jusqu’à la Salle à Manger. De là, le chemin s’est corsé. Nous avons tous enfilé des gants de manutention. Il a fallu descendre par des mains courantes à tour de rôle. Celles-ci descendaient le long d’une pente approchant les 75°, en zigzagant entre les scirpes et les joncs. Il était parfois plus facile de s’accrocher aux solides scirpes plutôt qu’aux cordes.

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Ce passage n’a pas été le plus agréable, cependant c’est là que l’on a eu notre plus gros fou rire. Je suivais Augustin de près, athlétique, sportif et déjà rompu à ce transit, il progressait bien plus naturellement que nous. Soudain, il franchit une marche en souplesse et m’informa qu’il y avait un trou auquel il fallait faire attention, puis il continua son chemin. J’ai identifié la marche, je me suis placée au bord pour prendre mes appuis avant de descendre, quand soudain, la terre céda et je disparus sous la végétation. J’ai glissé sur une dizaine de mètres dans un toboggan de boue et d’eau ruisselante sous les scirpes et je réapparus aux pieds d’Augustin, qui inquiet écarta les herbes pour me trouver allongée à ses pieds, couverte de boue, les fesses et le sac dans une flaque et totalement hilare. Interloqué, il me demanda si je l’avais entendu et si j’avais vu la marche et quand il comprit, il éclata de rire avec moi. Nous avons été finalement rejoints par David qui m’avait suivie prudemment en se marrant de m’avoir vue disparaître aussi vite pour me voir réapparaître plus bas. Bien qu’il n’eût pas plu depuis plusieurs jours, la végétation restait très humide et glissante.

Nous étions presque arrivés sur la dernière partie de la descente et quelques minutes plus tard, nous avons vu apparaître la touque contenant le matériel d’escalade. Car pour envisager de parcourir le dernier kilomètre jusqu’à la cabane, il fallait d’abord franchir une via ferrata. Nous avons donc enfilé des baudriers, des casques et nous nous sommes attachés à deux lignes de vie chacun.

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Là encore nous sommes passés les uns après les autres, descendant prudemment le long de ce qui en hiver est une cascade. J’ai vraiment eu l’impression d’être dans un parc aventure durant toute la descente, excepté que là, le paysage était incroyable avec ces falaises qui dominaient l’océan.

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Une fois en bas, nous nous sommes déséquipés. Nous avions alors une vue imprenable sur les falaises d’Entrecasteaux.

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Après quelques photos, nous avons entamé la partie la moins agréable du transit, celle qu’ici nous appelons : le Vietnam. Il nous a fallu presque une heure pour parcourir le dernier kilomètre : cela ressemble à un marais où il faut passer plusieurs cours d’eau. Le chemin est dur à trouver, les scirpes sont épais et glissants, la boue est plus ou moins profonde et l’on s’enfonce parfois jusqu’aux genoux. Mais le pire c’est que c’est la fin du transit et que les sacs commencent à se faire lourds. On était pressé d’arriver, ça ne nous a pas empêché d’apprécier les premiers groupes de gorfous sauteurs que l’on croisait et qui se cachaient dans les joncs à proximité de la plage. Nous avons finalement franchi une dernière butte en faisant beaucoup de bruit car des otaries se cachaient dans la végétation et l’on ne tenait pas à se faire attaquer si près du but. Et là, arrivés en haut de ce petit promontoire, elle nous est apparue, la cabane. Posée là, au pied des falaises, illuminée par le soleil couchant devant la cathédrale (nom du rocher à côté duquel se trouve la cabane).

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Nous avons rapidement fait le tour du propriétaire et déposé nos affaires, nous étions chez nous pour les 12 prochains jours. Nous avons parcouru 10 km, 881 m de dénivelé positif et tout autant de dénivelé négatif, le tout en un peu moins de 10 h. J’en ai bavé mais malgré les courbatures j’étais aux anges, le site était superbe et la cabane accueillante. L’expérience allait encore s’embellir…

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